HISTOIRE DU SPIRITISME
L'aventure des Sœurs Fox
C’est un phénomène de hantise qui attira l’attention
sur les manifestations des Esprits, en Amérique, au 19ème
siècle. Des coups, dont personne ne put deviner la cause,
se firent entendre pour la première fois en 1846 chez un
dénommé Veckmann, habitant la maison d’un petit
village appelé Hydesville dans l’Etat de New-York.
Rien ne fut négligé pour découvrir l’auteur
de ces bruits mystérieux, mais on n’y put parvenir.
Six mois plus tard, en 1847, cette famille quitta la maison qui
fut alors habitée par un membre de l’Eglise épiscopale
méthodiste : M. John Fox et sa famille, composée
de sa femme et de ses deux filles,
Margaret alors âgée
de 14 ans et Kate, de 11 ans. La famille Fox était composée
de six enfants mais seules Margaret et Kate vivaient alors avec
leurs parents.
Pendant trois mois ils y
furent tranquilles, puis les coups recommencèrent
de plus belle. D'abord c'étaient des bruits très
légers, comme si quelqu'un frappait sur le parquet d’une
des chambres à coucher, et, à chaque fois, une vibration
se faisait sentir sur le parquet ; on la percevait même
étant couché. Le sol vibrait si fort que les lits
tremblaient et qu’on sentait cette vibration en se tenant
debout sur le plancher. Les coups se faisaient entendre sans s’arrêter,
il n'y avait plus moyen de dormir dans la maison.
Le 31 mars 1848,
madame Fox et ses filles,
n'ayant pu dormir pendant la nuit précédente,
et harassées de fatigue, se couchèrent de bonne
heure, dans la même chambre, espérant ainsi échapper
aux manifestations qui se produisaient ordinairement au milieu
de la nuit. M. Fox était alors absent. Bientôt les
coups recommencèrent, et les deux jeunes filles, réveillées
par ce vacarme, se mettent à les imiter en faisant claquer
leurs doigts. A leur grand étonnement les coups répondirent
à chaque claquement, alors la plus jeune des filles miss
Kate voulut vérifier ce fait surprenant ; elle fit
un claquement, on entendit un coup, deux, trois, etc., et toujours
l'être ou l'agent invisible rendit le même nombre
de coups. Sa sœur dit en badinant : « Maintenant faites
comme moi, comptez un, deux, trois, quatre, etc., » en frappant
chaque fois dans sa main le nombre indiqué. Les coups se
suivirent avec la même précision, mais ce signe d'intelligence
alarmant la jeune fille, elle cessa bientôt l'expérience.
Mme Fox dit alors : "Compte dix". L'agent frappa dix fois.
La mère posa une série de questions et les réponses
données par chiffres, montrèrent la plus grande
connaissance de ses propres affaires qu’elle n’en avait
elle-même; car les coups insistaient sur le fait qu’elle
avait sept enfants tandis qu’elle protestait n’en avoir
mis au monde que six, jusqu’à ce qu’un septième,
mort précocement, lui revint en mémoire. A
cette question : « Êtes-vous un homme, vous qui frappez
? » aucune réponse ne vint ; mais à celle-ci
Êtes-vous un Esprit ? » il fut répondu
par des coups nets et rapides. On appela une voisine, Mme Redfield
son amusement se changea en émerveillement puis en terreur
au fur et à mesure qu’elle écoutait, elle aussi,
les réponses correctes à des questions intimes.
Madame Fox dit alors à son interlocuteur invisible :
« Si nous faisions venir les voisins, les coups continueraient-ils à répondre
? » Un coup se fit entendre en signe d'affirmation. Les
voisins appelés ne tardèrent pas à venir,
comptant découvrir l’invisible frappeur par tous les
moyens de surveillance possible ; mais l'exactitude d'une foule
de détails ainsi donnés par coups, en réponse
aux questions adressées à l'être invisible,
sur les affaires particulières de chacun, convainquirent
les plus incrédules. Le bruit de ces choses se répandit
au loin, et bientôt arrivèrent de tous côtés
des prêtres, des juges, des médecins, et une foule
de citoyens.
Les voisins accoururent en foule tandis que se répandaient les rumeurs à
propos de cette merveille; les deux enfants furent emmenés
par l’un d’eux tandis que Mme Fox allait passer la nuit
chez Mme Redfield. En leur absence, le phénomène
se poursuivit exactement comme avant, ce qui une fois pour toutes
réduit au silence toutes ces théories de craquement
d’orteils et de genoux disloqués que des gens parfaitement
ignorants des faits réels ont si souvent avancées.
Tous les moyens de surveillance furent pratiqués pour découvrir
l'invisible frappeur, mais l'enquête de la famille, et celle
de tout le voisinage, fut inutile. On ne put découvrir
de cause naturelle à ces singulières manifestations.
Les expériences se suivirent, nombreuses et précises. Le dimanche suivant,
la maison était pleine à craquer, plus de trois
cents personnes étaient présentes à ce moment-là.
Les curieux, attirés par ces phénomènes nouveaux,
ne se contentèrent plus de demandes et de réponses.
L'un d'eux, nommé Isaac Post, eut l'idée de réciter
à haute voix les lettres de l'alphabet, en priant l'Esprit
de vouloir bien frapper un coup sur celles qui composaient les
mots qu'il voulait faire comprendre. De ce jour, la télégraphie
spirituelle était trouvée : ce procédé
est celui que nous verrons appliquer aux tables tournantes.
Telle fut la première conversation qui eut lieu dans les temps modernes et que l'on
ait constatée, entre les êtres de l'autre monde et celui-ci. De cette manière, madame Fox parvint à
savoir que l'esprit qui lui répondait, était celui
d'un homme qui avait été assassiné dans la
maison qu'elle habitait, plusieurs années auparavant, qu'il
se nommait Charles B. Rosma, qu'il était colporteur et
âgé de trente et un ans, lorsque la personne chez laquelle
il logeait le tua pour avoir son argent et l’enterra dans
la cave. Des ossements humains furent effectivement trouvés
plus tard.
Voilà, dans toute sa simplicité, le début du phénomène
qui devait révolutionner le monde entier. Nié par
les savants officiels, raillé par la presse des deux mondes,
mis à l'index par des religions craintives et jalouses,
suspect à la justice, exploité par des charlatans
sans vergogne, le spiritisme devait cependant faire son chemin
et conquérir des adhérents, dont le chiffre s'élève
à plusieurs millions, car il possède cette force
plus puissante que tout au monde : la vérité.
L’Esprit engagea les jeunes filles à donner des séances publiques
dans lesquelles il convaincrait les incrédules de son existence.
La famille Fox alla se fixer à Rochester et, suivant les
conseils de leur ami de l'espace, ces jeunes missionnaires n'hésitèrent
pas à braver le fanatisme protestant en proposant de se
soumettre au plus rigoureux contrôle.
Accusés d'imposture et sommés par les ministres de leur confession
de renoncer à ces pratiques, M. et Mme Fox, se faisant
un devoir suprême de propager la connaissance de ces phénomènes,
qu'ils considéraient comme une grande et consolante vérité
utile pour tous, refusèrent de se soumettre et furent chassés
de leur Église. Les adeptes qui se réunissaient
autour d'eux furent frappés de la même réprobation.
Les conservateurs fanatiques amenèrent la population contre la famille Fox.
Les apôtres de la foi nouvelle offrirent alors de faire
la preuve publique de la réalité des manifestations
devant la population réunie à Corynthial-Hall, la
plus grande salle de la ville. On commença par une conférence
où furent exposés les progrès du phénomène
depuis les premiers jours. Cette communication, accueillie par
des huées, aboutit pourtant à la nomination d'une
commission chargée d'examiner les faits ; contre l'attente
générale, et contre sa conviction propre, la commission
fut forcée d'avouer qu'après l'examen le plus minutieux,
elle n'avait pu découvrir aucune trace de fraude. Ils ajoutaient
que ces coups arrivaient sur les murs et les portes à quelque
distance des fillettes, occasionnant des vibrations sensibles.
Ils échouèrent entièrement à découvrir
aucun moyen par lequel on aurait pu les obtenir.
On nomma aussitôt une seconde commission qui eut recours à des procédés
d'investigation encore plus rigoureux ; on fit fouiller et même
déshabiller les médiums, par des dames bien entendu,
toujours on entendit des rappings (coups frappés dans la
table), des meubles en mouvement, des réponses à
toutes les questions, même mentales ; pas de ventriloquie,
pas de subterfuges, pas de doute possible. Second rapport plus
favorable encore que le premier, sur la parfaite bonne foi des
spirites et la réalité de l'incroyable phénomène.
Il est impossible - dit Mme Hardinge - de décrire l'indignation
qui se manifesta à cette seconde déception. Le rapport
final déclara que les bruits étaient
entendus et que leur examen complet avait montré de façon
décisive qu’ils n’étaient produits ni
par un mécanisme ni par ventriloquisme, bien que, sur la
nature de l’agent qui les produisait, ils fussent incapables
de se prononcer.
Une troisième commission fut immédiatement choisie parmi les plus incrédules
et les plus railleurs. Le résultat de ces investigations,
encore plus outrageantes que les deux autres pour les pauvres
jeunes filles, tourna plus que jamais à la confusion de
leurs détracteurs. Le comité témoigna ensuite
que leurs questions, certaines posées mentalement, avaient
reçu des réponses correctes.
La foule, exaspérée, convaincue de la trahison des commissaires et de leurs connivences
avec les imposteurs, avait déclaré que, si le rapport
était favorable, elle lyncherait les médiums et
leurs avocats. Les jeunes filles, malgré leur terreur,
escortées de leur famille et de quelques amis, ne se présentèrent
pas moins à la réunion et prirent place sur l'estrade
de la grande salle, tous décidés à périr,
s'il le fallait, martyrs d'une impopulaire mais indiscutable vérité.
La lecture du rapport fut faite par un membre de la commission qui avait juré
de découvrir le truc, mais il dut avouer que la cause des
coups frappés, malgré les plus minutieuses recherches,
lui était inconnue. Aussitôt eut lieu un tumulte
effroyable : la populace voulut lyncher les jeunes filles, et
elles l'eussent été sans l'intervention d'un quaker,
nommé Georges Villets, qui leur fit un rempart de son corps
et ramena la foule à des sentiments plus humains.
On voit, par ce récit, que le Spiritisme
fut étudié sévèrement dès son
début. Ce ne sont pas seulement des voisins, plus ou moins
ignorants, qui constatent un fait inexplicable, mais des commissions,
régulièrement nommées, qui, après
enquêtes minutieuses, sont obligées de reconnaître
l'authenticité absolue du phénomène. Des
tentatives pour démasquer des fraudes dans les phénomènes
eurent lieu régulièrement. Il est à noter
que cet événement, qui est à la naissance
du spiritisme, est sujet à de nombreuses déformations
et désinformations de la part des opposants au spiritisme.
Ainsi le Jésuite Lucien Roure, dans son ouvrage "Le
merveilleux spirite" prétend que personne ne
s’était posé la question de savoir si le phénomène
était dû à la supercherie et il laisse même
insinuer que ceux-ci étaient produits par le jeu de l’orteil
ou de la cheville. D’autres iront jusqu’à
dire que la plus jeune des filles était ventriloque.
Ces affirmations gratuites, sans fondements, ne peuvent expliquer
les effets des phénomènes constatés, et leur
authenticité affirmée par des commission hostiles
et fanatiques.
Les tables tournantes
L’histoire des sœurs Fox se répandit rapidement, et de toutes
parts eurent lieu des manifestations par le biais de ce qu’on
appelait alors la télégraphie spirituelle. On se lassa
bientôt d'un procédé aussi incommode, et les
frappeurs indiquèrent eux-mêmes un mode nouveau de
communication. Il fallait simplement se réunir autour d'une
table, poser dessus les mains, et en se soulevant, la table frapperait
un coup, pendant qu'on réciterait l'alphabet, sur chacune
des lettres que l'esprit voudrait donner. Ce procédé,
bien que très lent, produisit d'excellents résultats,
et l'on eut ainsi les tables tournantes et parlantes.
Il faut dire que la table ne se bornait pas à se lever sur un pied pour
répondre aux questions qu'on lui posait, elle s'agitait
en tous sens, tournait sous les doigts des expérimentateurs,
quelquefois s'élevait dans les airs, sans que l'on pût
voir de force la tenant ainsi suspendue. D'autres fois les réponses
étaient faites au moyen de petits coups, qu'on entendait
dans l'intérieur du bois. Ces faits étranges attirèrent
l'attention générale et bientôt la mode des
tables tournantes envahit l'Amérique entière.
La table enseigna
à nouveau un procédé plus prompt. Sur ses
indications, on adapta à une planchette triangulaire trois
pieds munis de roulettes, et à l’un d’eux, on
attacha un crayon, puis on mit l’appareil sur une feuille
de papier, et le médium posa les mains sur le centre de
cette petite table. On vit alors le crayon tracer des lettres,
puis des phrases, et bientôt cette planchette écrivit
avec rapidité et donna des messages. Plus tard encore,
on s’aperçut que la planchette était tout à
fait inutile, et qu’il suffisait au médium de poser
simplement sa main armée d’un crayon, sur le papier,
et que l’esprit la faisait agir automatiquement.
A côté
des personnes légères qui passaient leur temps à
interroger les esprits sur leurs problèmes de vie amoureuse,
ou sur un objet perdu, de graves esprits, des savants, des penseurs,
attirés par le bruit qui se faisait autour de ces phénomènes,
résolurent de les étudier scientifiquement, pour
mettre leurs concitoyens en garde contre ce qu'ils appelaient
une folie contagieuse. En 1856, le juge Edmonds, jurisconsulte
éminent qui jouit d'une autorité incontestée
dans le Nouveau Monde, publia un ouvrage sur des recherches qu’il
avait entreprises avec l’idée de démontrer
la fausseté des phénomènes spirites;
le résultat final fut diamétralement opposé
et le juge Edmonds reconnut la réalité de ces surprenantes
manifestations. Le professeur Mapes qui enseignait la chimie à
l'Académie nationale des États-Unis, se livra à
une investigation rigoureuse qui aboutit, comme la précédente,
à une constatation motivée, d'après laquelle
les phénomènes étaient bien dus à
l'intervention des esprits. Mais ce qui produisit le plus grand
effet, ce fut la conversion aux idées nouvelles du célèbre
Robert Hare, professeur à l'université de Pensylvannie,
qui expérimenta scientifiquement le mouvement des tables
et consigna ses recherches, en 1856, dans un volume intitulé
: Expérimental investigations of the spirit manifestation
Dès lors, la bataille entre les
incrédules et les croyants s'engagea à fond. Des
écrivains, des savants, des orateurs, des hommes d'église,
se jetèrent dans la mêlée, et pour donner
une idée du développement pris par la polémique,
il suffit de rappeler que déjà, en 1854, une pétition
signée de 15000 noms de citoyens, avait été
présentée au congrès siégeant à
Washington pour le prier de nommer une commission chargée
d'étudier le modern spiritualism
(c'est le nom que l'on donne en Amérique au spiritisme).
Cette demande fut repoussée par l'assemblée, mais
l'élan était donné et l'on vit surgir des
sociétés qui fondèrent des journaux où
se continua la guerre contre les incrédules.
En 1852, le 1er Congrès
Spirite (le mot n’était
pas encore inventé) eut lieu à Cleveland. Les spirites
américains envoyèrent à la suite du Congrès
des médiums dans la vieille Europe. On fit tourner les
tables en France dès 1853. Il n'était question dans
toutes les classes de la société que de cette nouveauté
; on ne s'abordait guère sans la question sacramentelle
: « Eh bien ! Faites-vous tourner les tables ? »
Puis, comme tout ce qui est de mode, après un moment de
faveur, les tables cessèrent d'occuper l'attention, qui
se porta sur d'autres objets. Cette manie de faire tourner les
tables eut néanmoins un résultat important, ce fut
de faire réfléchir beaucoup de personnes sur la
possibilité des rapports entre morts et vivants.
En 1854, on comptait alors plus de 3.000.000
d’adeptes en Amérique et une dizaine de milliers de
médiums. Les adeptes devinrent également nombreux
en France, mais il manquait encore une véritable explication,
théorique et pratique, de l’étrange phénomène.
C’est à ce moment qu’Allan Kardec qui s’intéressait
depuis une trentaine d’années aux phénomènes
dits du magnétisme animal, de l’hypnotisme et du somnambulisme,
et qui ne voyait dans le nouveau phénomène qu’un
conte à dormir debout, assista
à plusieurs séances spirites, afin d’étudier
de près le bien fondé de ces apparitions. Loin d’être
un enthousiaste de ces manifestations, et absorbé par ses
autres occupations, il fut sur le point de les abandonner lorsque
des proches lui remirent cinquante cahiers de communications diverses
reçues depuis cinq ans et lui demandèrent de les
synthétiser : ainsi naquit le Livre des Esprits.
André Moreil écrira qu’en étudiant par
la méthode positiviste et en codifiant le spiritisme,
Allan Kardec l’a sauvé du danger d’être
une simple fantaisie, un amusement de salon.
L’Universalité du Spiritisme
La médiumnité
a toujours existé, car l’homme a toujours été
esprit. Ainsi les communications avec les Esprits ont eu lieu
à toutes les époques et dans des contrées
diverses. Si les phénomènes de hantise vécus
par la famille Fox au 19ème siècle ont
donné naissance à l’étude du spiritisme
et à sa codification, les faits médiumniques sont
aussi anciens que l’apparition de l’homme et les phénomènes
de hantise ont été observés depuis toujours
En Inde,
on retrouve dans les Védas, le plus ancien code
religieux que l’on connaisse, paru plusieurs milliers d’année
avant Jésus-Christ, l’existence des Esprits, le grand
législateur Manou s’exprime ainsi Les
Esprits des ancêtres, à l’état invisible,
accompagnent certains Brahmes sous une forme aérienne,
ils les suivent et prennent place à côté d’eux
lorsqu’ils s’asseyent. (Manou, Slocas,
187, 188, 189).
Un autre auteur
hindou déclare que longtemps avant
qu’elles se dépouillent de leur enveloppe mortelle,
les âmes qui n’ont pratiqué que le bien acquièrent
la faculté de converser avec les âmes qui les ont
précédées.
En Chine,
on se livre depuis des temps immémoriaux à l’évocation
des esprits des ancêtres.
En Egypte,
les magiciens des pharaons accomplissent des prodiges qui sont
racontés dans la Bible en laissant de côté
ce qu’il peut y avoir de légendaire dans ces récits,
il est bien certain qu’ils évoquaient les morts, puisque
Moïse, leur disciple, défend formellement aux Hébreux
de se livrer à ces pratiques. Que, parmi
vous, personne n’use de sortilège et d’enchantements
ou n’interroge les morts pour apprendre la vérité.
(Deutéronome).
Chez les hébreux,
malgré cette défense de Moïse, nous voyons
Saül aller consulter la pythonisse d’Endor et, par son
intermédiaire, communiquer avec l’ombre de Samuel.
De plus, il y eut toujours des chercheurs qui furent tentés
par ces évocations mystérieuses : ils se communiquaient
les uns aux autres une doctrine secrète, qu’ils nommaient
la Kabbale.
En Grèce,
la croyance aux évocations était générale.
Les temples possédaient tous des femmes nommées
pythonisses, chargées de rendre des oracles en évoquant
les dieux. Homère, dans l’Odyssée, décrit
minutieusement par quelles cérémonies Ulysse put
converser avec l’ombre du devin Tirésias. Apollonius
de Thyane, savant philosophe pythagoricien et thaumaturge d’une
grande puissance, possédait des connaissances très
étendues sur les sciences occultes, sa vie fourmille
de faits extraordinaires, il croyait fermement aux Esprits
et à leurs communications possibles avec les vivants.
Chez les Romains,
les pratiques d’évocation étaient excessivement
répandues, et, depuis la fondation de l’empire, le
peuple ajoutait la plus grande foi aux oracles. Les sibylles romaines
évoquant les morts, interrogeant les Esprits sont sans
cesse consultées par les généraux, et nulle
entreprise un peu importante n’est décidée
sans qu’on ait au préalable pris l’avis de ces
prêtresses.
Si nous en croyons
Tertullien, le Spiritisme s'exerçait chez les anciens par
les mêmes moyens qu'aujourd'hui S'il est
donné, dit-il, à des magiciens de faire apparaître
des fantômes, d'évoquer les âmes des morts,
de pouvoir forcer la bouche des enfants à rendre des oracles,
si ces charlatans contrefont un grand nombre de miracles, s'ils
envoient des songes, s'ils ont à leurs ordres des Esprits
messagers et des démons par la vertu desquels les chèvres
et les tables qui prophétisent sont un fait vulgaire,
avec quel redoublement de zèle ces esprits puissants ne
s'efforcent-ils pas de faire pour leur propre compte ce qu'ils
font pour le service d'autrui.
À l'appui des affirmations
de Tertullien, on peut citer un passage d'Ammien Marcellin, au
sujet de Patricius et d'Hilarius traduits devant un tribunal romain
pour crime de magie, qui se défendirent en racontant «
qu'ils avaient fabriqué, avec des morceaux de laurier,
une petite table (mensulam) sur laquelle ils avaient placé
un bassin circulaire, fait de plusieurs métaux, et contenant
un alphabet gravé sur les bords. Alors, un homme vêtu
de lin, après avoir récité une formule et
fait une évocation au dieu de la divination, tenait suspendu
au-dessus du bassin un anneau en fil de lin très fin et
consacré par des moyens mystérieux. Que l’anneau
sautant successivement, mais sans confusion, sur plusieurs des
lettres gravées et d’arrêtant sur chacune, formait
des vers parfaitement réguliers, qui étaient les
réponses exactes aux questions posées.»
Hilarius ajouta un jour, ils avaient demandé qui succéderait
à l’empereur actuel, et, l’anneau, ayant sauté,
donné les syllabes Théo. Ils n’en demandèrent
pas davantage, persuadés que ce serait Théodore
Mais les faits, dit Ammien Marcellin, démentirent plus
tard les magiciens, mais non la prédiction, ce dut Théodose
En Gaule,
les Druides communiquaient avec le monde invisible, mille témoignages
l’attestent. On évoquait les morts dans les enceintes
de pierre. Les Druidesses et les Bardes rendaient des oracles.
Plusieurs auteurs rapportent que Vercingétorix s’entretenait
avec les âmes des héros morts pour la patrie. Avant
de soulever la Gaule contre César, il se rendit dans l’île
de Sein, antique demeure des Druidesses. Là, un génie
lui apparut et lui prédit sa défaite et son martyre.
Chez les 1ers
chrétiens, on retrouve dans les Actes des Apôtres
de nombreuses indications quant à la communication avec
les esprits des morts. Saint Paul dans sa première épître
aux Corinthiens, décrit sous le nom de dons spirituels,
tous les genres de médiumnité. Il se déclare
instruit directement par l’Eglise de Jésus dans la
vérité évangélique. On attribuait
parfois ces inspirations aux mauvais Esprits, à ce que
certains appelaient l’Esprit de Python : Mes
bien-aimés, disait Jean, ne croyez pas à tout esprit,
mais éprouvez si les esprits sont de Dieu.
Les pratiques spirites furent en usage pendant plusieurs siècles. Presque
tous les philosophes alexandrins, Philon, Ammonius Saccas, Plotin,
Porphyre, Arnobe, se disent inspirés par des génies
supérieurs, saint Grégoire thaumaturge reçoit
les symboles de la foi de l’Esprit de Saint Jean. Saint Augustin,
le grand évêque d’Hippone, dans son traité
De Curâ pro mortuis, parle des manifestations occultes
et ajoute Pourquoi ne pas attribuer ces opérations
aux esprits des défunts et ne pas croire que la divine
Providence fait un bon usage de tout pour instruire les hommes,
les consoler, les épouvanter
Au Moyen-âge,,
les persécutions de l’Eglise envers les "hérétiques"
étouffèrent la communication avec le monde invisible
mais la tradition se conserva, on peut la suivre dans l’histoire
avec les noms de Paracelse, Cornélius Agrippa, Swedenborg,
Jacob Boehm, Martinez Pascalis, le comte de Saint-Germain, Saint-Martin,
les possédés de Loudun, les trembleurs des Cévennes
et les crisiaques du cimetière Saint-Médard.
Aucun témoignage
de l’intervention des Esprits dans la vie des peuples n’est
comparable à l’histoire touchante de la vierge de
Domrémy. Au début du XVème siècle,
la France agonisait sous le pied de fer des Anglais. A l’aide
d’une jeune fille, d’une enfant de dix-huit ans, les
puissances invisibles raniment un peuple démoralisé,
réveillent le patriotisme éteint, enflamment la
résistance et sauvent la France de la mort. Jeanne n’agit
jamais sans consulter ses voix, et, soit sur les champs de bataille,
soit devant ses juges, toujours celles-ci inspirent ses paroles
et ses actes.
De plus on retrouve
la communication avec les Esprits à travers les sorciers
ou les chamans chez de nombreux peuples
d’Amérique, d’Asie, d’Océanie
et d’Afrique
Bien que le Spiritisme ait toujours
existé et soit à l’origine de nombreux phénomènes
inexpliqués dans l’histoire, il faudra attendre le
19ème siècle pour que celui-ci
soit codifié par Allan Kardec qui a appliqué aux
phénomènes spirites la méthode expérimentale.
Le Spiritisme n’a pas été fondé sur
la pensée préconçue de l’existence des
Esprits, Allan Kardec est parti d’un point de vue matérialiste,
et, ce point de vue étant impuissant à tout expliquer,
l’observation l’a conduit à la cause spirituelle :
l’Esprit.